Le 7 décembre devrait être une journée plutôt chaude :
la présentation du budget devant les députés irlandais, le vote étant prévu début janvier.
La finance européenne tournée vers Dublin
L'annonce de l'acceptation du plan de "sauvetage" de l'Irlande par son gouvernement a provoquée une véritable colère populaire en verte Erin. 50 000 manifestants à Dublin, dans un pays de 4 millions d'habitants : pas mal. La coalition centriste-écologiste au pouvoir a explosé, le parti vert ne voulant pas se retrouver associé à une telle capitulation. Rappelons que le plan oblige l'Irlande a accepter un prêt de 85 milliards d'euros à 5,8%, soit une charge d'intérêts annuelle de plus de 1000 euros par irlandais, enfants compris, pour permettre à l'état de renflouer ses banques, qui pourront à leur tour rembourser leurs échéances auprès de banques anglaises, allemandes, américaines, et dans une moindre mesure françaises, que leurs états n'auront pas à leur tour à soutenir.
L'état irlandais, en outre, devra utiliser les 12 milliards de son fonds de réserve de refinancement des retraites (comme partout, la répartition irlandaise prend l'eau) pour boucher les trous de ses déficits courants.
Or, l'Irlande étant une démocratie, et une démocratie encore soucieuse de demander l'avis de son peuple sur les questions importantes (l'Europe a dû les obliger à voter deux fois l'infâmant traité de Lisbonne...), il se trouve donc que ses partis risquent d'écouter la colère populaire et de rejeter le budget d'austérité découlant de l'acceptation du plan de sauvetage. Oh, les irlandais n'ont pas le choix : l'austérité, ils devront y passer de toute façon, et ils le savent. Mais ils ne veulent pas que leurs efforts servent à sauver les dirigeants et actionnaires de Deutsche Bank ou Royal Bank Of Scotland, entre autres grands créanciers de leurs banques faillies. Quitte à manger de la vache enragée, autant que ce soir d'abord pour eux mêmes. Une évidence que les islandais ont parfaitement compris avant eux.
Et quand bien même ils finiraient par adopter ce budget, ils ouvriraient en grand la porte d'une victoire écrasante des partis du "refus" lors des élections législatives anticipées qui se tiendront en janvier ou février 2011... Ce qui remettrait en cause le plan européen.
Bref, pendant tout le mois de décembre, le "plan de sauvetage" européen, déjà éreinté en ces colonnes, sera subordonné à l'évolution du sentiment populaire d'un peuple floué mais fier, en période pré-électorale... Autant dire que l'incertitude sera maximale, et que le risque de rejet des mesures budgétaires spécifiquement liées au plan, comme le vol, pardon, la "réaffectation" du fonds de réserve des retraites, est maximal. Un rejet du "plan" porterait en germe de graves difficultés financières pour quelques grandes institution européennes, ne devrait guère inciter les marchés financiers à trop de confiance en cette fin d'année.
Mais ne nous y trompons pas : l'Irlande, en montrant à l'Europe le bon doigt, se rendrait le meilleur service qui soit. Elle se forcerait sans doute à renoncer à sa loi "NAMA" de garantie intégrale des comptes bancaires et obligerait ses canards boiteux financiers à se déclarer en faillite, ce qui serait le meilleur moyen de recommencer à bâtir une économie sur des bases plus saines. A très court terme, évidemment, ce serait difficile, mais de toute façon, les prétendus sauvetages publics ne font que retarder l'apurement des erreurs du passé, et le rendre plus coûteux encore.
Je radote, mais si l'Europe adoptait rapidement, compte tenu de l'urgence de la situation, une législation de faillite ordonnée et rapide des banques privées par échange de dettes contre capital, le problème Irlandais ne pourrait en aucun cas avoir les mêmes répercussions qu'aujourd'hui, et l'assainissement bancaire, quoique sans doute assez brutal et mécontentant de très gros intérêts financiers, se produirait par la force des choses, permettant à l'économie de redécoller rapidement après la nécessaire purge des années "Champagne à crédit".
Ce collectif autunois a été crée le 22 Octobre 2010 par des autunois qui sont des syndicalistes, des personnes oeuvrant socialement ou de simples citoyens.Le but de ce collectif est de ne plus laisser une poignée de nos dirigeants supprimer nos acquis sociaux.C'est aussi refuser de supprimer à court terme notre système de retraite par répartition et de le livrer à la capitalisation.
Bref, vous l'aurez compris, c'est un collectif de résistance au système capitaliste.
lundi 6 décembre 2010
LOPPSI 2: LIBERTÉS EN DANGER...
Un projet de loi liberticide est actuellement en second examen au Parlement et cela dans un silence assourdissant : LOPPSI 2. Derrière ce nom se cache la seconde mouture de la "loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure" (!).
Il s'agit de rassembler, de renforcer et de créer de nombreuses mesures dites sécuritaires dont tous citoyens, tous militants peuvent tout crainte:
- généralisation de la video-surveillance baptisé video-protection,
- extension des fichiers nominatifs,
- augmentation des pouvoirs et du rôle des police municipale,
- mise en place d'une "réserve civile" pour épauler les forces de l'ordre,
- filtrage et contrôle des sites internet et infiltration électronique,
- extension des peines planchers,
- nouveau délit concernant les ventes dites à la sauvette...
pour connaitre l'ensemble de ces mesures cliquer sur le site du Collectif Liberté-Égalité-Justice:
http://clej.blog.free.fr/index.php?post/2010/la-loppsi-2-decryptee
Interdire le fichage génétique des militants syndicaux..
Déclaration de Philippe Galano :
NON je ne me soumettrai pas !
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article111389
De l’énergie pour les actionnaires
Editorial par JEAN-PAUL PIÉROT
Le projet de loi Nome (nouvelle organisation du marché de l’énergie), vise à forcer le passage du secteur privé vers le contrôle de la distribution de l’électricité, en réduisant la part des prix réglementés au nom du sacro-saint principe de « la concurrence libre et non faussée ». Parmi les conséquences attendues : une forte hausse des prix fixés par l’État qui les rapprochera des prix du marché et permettra aux opérateurs privés de conquérir des profits faramineux.
Plus rien ne doit échapper au marché, tout ce qui peut rapporter gros aux actionnaires doit être soustrait à la société, voilà crûment exprimée la philosophie des théoriciens de l’ultralibéralisme. Les adeptes de la révolution conservatrice, en pointe dans les années Bush aux États-Unis, tiennent toujours le haut du pavé, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Une implacable logique entraîne le gouvernement Sarkozy-Fillon à en faire toujours davantage pour démolir pierre par pierre le modèle économique et social de la France. Des compromis scellés au terme des luttes ouvrières et dans les combats de la Résistance sont aujourd’hui remis en question systématiquement par la droite au pouvoir. « En finir avec 1945 », écrivait Denis Kessler, célèbre figure du patronat financier, peu après l’élection de Nicolas Sarkozy. La réalisation de sa requête s’écrit sous nos yeux au fil des mesures prises ou annoncées contre les retraites, de la réduction des emplois dans les services publics au gel des dépenses publiques, à la déréglementation et aux privatisations engagées dans les sociétés nationales.
La libéralisation de la distribution de l’électricité ne profitera pas aux citoyens. Et jusqu’à aujourd’hui ils ne s’y sont pas trompés, restant pour la quasi-totalité d’entre eux fidèles au prix réglementé. Les Français n’ont pas prêté foi aux offres alléchantes et trompeuses des marchands d’énergie déréglementée. Au passage, le projet de loi ouvre au secteur privé la possibilité d’engranger à peu de frais de juteux profits sur la production nucléaire.
Cette mise aux normes du pays aux appétits du marché n’est pas qu’une affaire française, objectent les dirigeants français, qui renvoient la balle aux institutions européennes, dont ils ne feraient que transposer les oukases. C’est une manière de brouiller les cartes. Car s’il est vrai que la libéralisation et l’ouverture à la concurrence dans le domaine énergétique, postal ou ferroviaire découlent des directives européennes, qui en a décidé ? Qui siège autour de la table des Conseils des ministres de l’UE et du Conseil européen ? Ce sont les mêmes, à Bruxelles et à Paris. Jeu de rôle ou schizophrénie ?
Or c’est bel et bien la majorité parlementaire qui a avalisé la privatisation de GDF par la fusion avec Suez, qui a ouvert le capital d’EDF, ce sont bien les députés sarkozystes qui ont changé le statut de La Poste, en dépit de l’hostilité manifeste de l’opinion publique exprimée lors d’une votation citoyenne. Ainsi, lorsquele gouvernement feint de ne pas entendre la Commission européenne qui réclame la transformation de la SNCF en société anonyme, tout cela ressemble à un jeu de dupes. La bataille pour la défense du caractère de service public de la production et de la distribution de l’énergie et pour la pérennité des services publics participe de la riposte générale contre l’offensive ultralibérale qui secoue actuellement la France et l’Europe.
Plus rien ne doit échapper au marché, tout ce qui peut rapporter gros aux actionnaires doit être soustrait à la société, voilà crûment exprimée la philosophie des théoriciens de l’ultralibéralisme. Les adeptes de la révolution conservatrice, en pointe dans les années Bush aux États-Unis, tiennent toujours le haut du pavé, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Une implacable logique entraîne le gouvernement Sarkozy-Fillon à en faire toujours davantage pour démolir pierre par pierre le modèle économique et social de la France. Des compromis scellés au terme des luttes ouvrières et dans les combats de la Résistance sont aujourd’hui remis en question systématiquement par la droite au pouvoir. « En finir avec 1945 », écrivait Denis Kessler, célèbre figure du patronat financier, peu après l’élection de Nicolas Sarkozy. La réalisation de sa requête s’écrit sous nos yeux au fil des mesures prises ou annoncées contre les retraites, de la réduction des emplois dans les services publics au gel des dépenses publiques, à la déréglementation et aux privatisations engagées dans les sociétés nationales.
La libéralisation de la distribution de l’électricité ne profitera pas aux citoyens. Et jusqu’à aujourd’hui ils ne s’y sont pas trompés, restant pour la quasi-totalité d’entre eux fidèles au prix réglementé. Les Français n’ont pas prêté foi aux offres alléchantes et trompeuses des marchands d’énergie déréglementée. Au passage, le projet de loi ouvre au secteur privé la possibilité d’engranger à peu de frais de juteux profits sur la production nucléaire.
Cette mise aux normes du pays aux appétits du marché n’est pas qu’une affaire française, objectent les dirigeants français, qui renvoient la balle aux institutions européennes, dont ils ne feraient que transposer les oukases. C’est une manière de brouiller les cartes. Car s’il est vrai que la libéralisation et l’ouverture à la concurrence dans le domaine énergétique, postal ou ferroviaire découlent des directives européennes, qui en a décidé ? Qui siège autour de la table des Conseils des ministres de l’UE et du Conseil européen ? Ce sont les mêmes, à Bruxelles et à Paris. Jeu de rôle ou schizophrénie ?
Or c’est bel et bien la majorité parlementaire qui a avalisé la privatisation de GDF par la fusion avec Suez, qui a ouvert le capital d’EDF, ce sont bien les députés sarkozystes qui ont changé le statut de La Poste, en dépit de l’hostilité manifeste de l’opinion publique exprimée lors d’une votation citoyenne. Ainsi, lorsquele gouvernement feint de ne pas entendre la Commission européenne qui réclame la transformation de la SNCF en société anonyme, tout cela ressemble à un jeu de dupes. La bataille pour la défense du caractère de service public de la production et de la distribution de l’énergie et pour la pérennité des services publics participe de la riposte générale contre l’offensive ultralibérale qui secoue actuellement la France et l’Europe.
Vers une hausse des billets de train
En pleine offensive commerciale de la SNCF à l'appproche des fêtes, le secrétaire d'Etat aux Transports Thierry Mariani a pris le risque d'une nouvelle controverse sur le tarif des billets de trains en prônant samedi une hausse "raisonnable" pour financer l'entretien des lignes.
"Je suis favorable à une position équilibrée où l'usager paye en fonction de l'inflation, une augmentation tout à fait raisonnable", a déclaré M. Mariani sur Europe 1. Cette hausse, dont il n'a pas chiffré la proportion, compenserait en partie l'augmentation des droits de péage payés par la SNCF au gestionnaire public des voies Réseau ferré de France (RFF) pour faire circuler ses trains. "Ne pas augmenter les droits de péage, ça veut dire que ce serait le contribuable qui subventionnerait (seul) l'entretien" des lignes, a argumenté M. Mariani.
Pour le syndicat SUD-Rail, le gouvernement «se défausse de sa responsabilité. Ce sont toujours les pouvoirs publics qui ont payé les infrastructures. Cet investissement lourd ne peut être que public, pour garantir le droit aux transports à un coût abordable», poursuit le syndicat.
"C'est affolant", a dénoncé Reine-Claude Mader, présidente de l'association de défense des consommateurs CLCV. "Qui dit hausse des droits de péage dit hausse des tarifs de la SNCF", fustige-t-elle, réclamant à la place un "plan d'investissement pérenne pour l'entretien des voies".
Selon une source proche du dossier, la seule répercussion des frais de circulation de la SNCF sur les tarifs pour les voyageurs ne sera "pas suffisante" pour entretenir le réseau français, tant les lignes sont dans un état alarmant. RFF a mis en garde cette semaine contre la menace d'obsolescence d'une bonne partie du réseau à plus ou moins long terme, faute de crédits: même certaines lignes empruntées par les trains vedettes TGV ne sont pas épargnées. Le réseau ferré français est long d'un peu plus de 29.000 km de lignes, dont 10% ne voient passer que 10% des trains. Le coût total de son entretien est estimé à environ 6,5 milliards d'euros par an. Mais le financement de cette somme n'est pour l'instant assuré qu'à 83% (50% par la SNCF, 33% par des subventions publiques), selon RFF. Le gouvernement, austérité oblige, a déjà exclu d'augmenter sa dotation au gestionnaire.
Une autre solution, consistant à réduire la capacité du réseau, a déjà aussi plus ou moins été écartée car elle implique de fermer des lignes déficitaires, notamment des "petites lignes" qui ne voient passer que quelques trains par jour et dont quelque 4.000 km de voies doivent être rénovées après 2015. Dans cette perspective, le gouvernement a concédé fin octobre à la SNCF la possibilité de fixer plus librement les tarifs de ses TGV. En contrepartie, l'entreprise s'est engagée à financer ces liaisons qui lui font perdre de l'argent, mais qu'elle est tenue d'assurer au nom du service public. "Si dans les cinq ans qui viennent, on n'a pas atteint les 100% de nos coûts complets, on aura peut-être, d'ici 2020, environ 20% du réseau en difficulté", prévient Hubert du Mesnil, président de RFF.
Les déclarations de M. Mariani tombent mal pour la SNCF, qui a souvent renâclé chaque fois qu'il s'est agi d'accroître les droits de péage de peur de compromettre son équilibre économique. Elles surviennent en outre au moment où la société s'apprête à lancer une vaste opération séduction auprès des voyageurs avec un million de billets TGV à 17 euros l'unité entre le 17 décembre et le 3 janvier. Objectif: montrer que ses prix ne sont pas prohibitifs, contrairement à ce qu'affirment les associations des consommateurs.
http://www.humanite.fr/06_12_2010-vers-une-hausse-des-billets-de-train-459375
dimanche 5 décembre 2010
"L’Humour est la politesse du désespoir..."
Islande : 1000 articles pour un volcan, aucun pour une élection constituante !
Les Rebelles
1000 articles pour un volcan, aucun pour une élection constituante !
Il fallait vraiment chercher, le samedi 27 novembre, pour savoir que les électeurs islandais étaient appelés à élire leur Assemblée Constituante.
523 citoyens s’étaient portés candidats pour être membres d’une assemblée de 25 à 31 constituants élus au suffrage universel direct et représentant les 320000 habitants de l’île.
Une première pour les islandais qui s’étaient contenté de « déroyaliser » la Constitution danoise après la déclaration de leur indépendance en 1944.
On avait presque oublié l’effondrement économique de l’île, l’année qui a suivi le krach boursier de New York en 2007 et la faillite des trois principales banques islandaise en défaut de remboursement de leurs clients britanniques et hollandais.
S’en étaient suivis une chute du niveau de vie de la population, la nationalisation de ces banques, de nouvelles élections générales, la succession de gouvernements à majorité gauche-vert et d’interminables négociations avec les institutions bancaires internationales.
Tout cela sans pour autant satisfaire les citoyens islandais qui se prononcèrent par referendum contre tout remboursement des dettes des banques dont les dirigeants étaient poursuivis pour fraudes et enrichissement illicites.
Plusieurs thèmes sont maintenant proposés au débat des constituants, correspondant aux sujets les plus fréquemment évoqués, même si cette Assemblée Constituante peut aussi se saisir de thèmes supplémentaires.
En particulier, seront soumis à la décision de cette Assemblée :
les bases de la constitution islandaise et ses concepts fondamentaux ;
l’organisation des branches législatives et exécutives et les limites de leurs pouvoirs ;
le rôle et la place du Président de la République ;
l’indépendance de la magistrature et leur surveillance des autres détenteurs de pouvoirs gouvernementaux ;
les mesures pour les élections et les circonscriptions électorales ;
la participation des citoyens au processus démocratique, y compris l’organisation de référendum, y compris un référendum sur une loi constitutionnelle ;
le Transfert des pouvoirs souverains aux organisations internationales et conduite des affaires étrangères ;
les affaires environnementales, y compris la propriété et l’utilisation de ressources naturelles.
Il s’agit donc de l’élaboration d’un nouveau contrat social et, pour un tel objectif, il faut, ce que beaucoup, ici, semblent ignorer, la participation de toute la nation.
Aujourd’hui où, partout en Europe, les parlements sont soumis aux chantages d’institutions essentiellement soumises aux intérêts financièrs pour voter des plans de rationnement des populations et de pillage des fonds sociaux et publics, où on donne de plus en plus le pouvoir à ceux qui amplifient les dégâts en profitant d’un système de privilèges et d’inégalités, cet évènement indique, une fois encore, que seule la souveraineté du peuple permettra de trouver une issue politique à la crise économique et sociale.
Pas étonnant, alors, que l’affirmation de ce principe par les Islandais se heurte à un profond silence.
http://www.legrandsoir.info/Islande-1000-articles-pour-un-volcan-aucun-pour-une-election-constituante.html
"L’Humour est la politesse du désespoir..."
"L’Humour est la politesse du désespoir...".
Certes, mais elle peut aussi être une arme. Ou un outil. Ou un moyen pour faire passer un message. Ou juste un bon moment à passer. Au premier, deuxième ou troisième degré, le champ des possibilités est vaste.
samedi 4 décembre 2010
La prison, la rue et l’hôpital
Editorial Par Michel Guilloux
Le discours de Grenoble du chef de l’État, en juillet dernier, fut une véritable déclaration de guerre sociale face à la contestation montante de la casse de la retraite. Un grave fait divers survenu dans la même ville, deux ans plus tôt, servit à sonner une autre charge, contre l’humain cette fois. Lors d’une visite à l’hôpital psychiatrique d’Antony, dans la foulée, derrière le miel des mots servis aux personnels et médecins, le président de la République lançait : « Il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouver le bon équilibre et le bon compromis. » Le bon équilibre et le bon compromis aboutissent à un projet de loi mené avec une obstination rare, dont l’objet serait d’aménager les procédures de l’internement d’office, quitte à sortir des bornes de la loi fondamentale, comme l’a fait valoir le Conseil constitutionnel.
La «trilogie» élyséenne peut se décliner en autant de constats de régression qui vont bien au-delà. La prison ? Grâce à un « tout-sécuritaire » calqué sur le désastreux modèle américain, elle regorge à la fois de gens qui n’en relèvent pas, et son surpeuplement est cause de dérèglement psychique supplémentaire. L’hôpital ? Le sort réservé par la loi Bachelot n’épargne pas le parent pauvre qu’est le domaine psychiatrique : fermetures de dizaines de milliers de lits, invasion des procédures normatives – pour les patients comme pour les professionnels de santé ; mais il devrait multiplier en son sein les structures de type carcéral. La rue ? Là où le président rêve de camisole chimique et de « géolocalisation » par bracelets, on y trouve 60 % des personnes sans domicile fixe souffrant de troubles psychiques ou du comportement.
Stigmatiser des populations, jusqu’aux plus vulnérables, jouer de la peur, de l’autre, de la folie ou de la mort, pour mieux diviser, telle est la stratégie de celui qui, lors d’un meeting de novembre 2006, parla de « l’homme qui n’est pas une marchandise comme les autres ». Voilà qui éclaire la volonté d’user, jusqu’à la corde, l’humain au travail, entièrement soumis à des critères de rentabilité et des modes d’organisation féroces, eux-mêmes source de souffrance inouïe, jusqu’à la perte de dignité et de sens que signifie la disparition de l’emploi. Interchangeable, jetable, corvéable à merci, ou à laisser sous les ponts ou à traquer, et enfermer, entre des murs ou dans une camisole chimique. La folie est du côté d’un certain ordre social qui, à force de nier l’être humain comme sujet, et plus encore lorsqu’il est en souffrance, aboutit à un processus de dé-civilisation.
Voilà bien des années, le psychiatre communiste Lucien Bonnafé estimait : « La résistance au fascisme, aux doctrines et aux pratiques de chasse à l’homme, et celle qui vise l’inhumanité des modes de connaissance et de pratiques dans laquelle cette société a prétendu régenter l’exclusion de la folie sont de même trempe. » Face au projet psychiatrique de l’hôte de l’Élysée, un de ses confrères, le docteur Michaël Guyader, accusa ce dernier d’avoir « sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant, à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que ,justement, ils ne pouvaient pas se défendre. Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible ». L’indignation, d’individuelle, devient torrent, d’Appel des 39 en collectif Mais c’est un homme. Il est des choses qui ne passent plus.
La «trilogie» élyséenne peut se décliner en autant de constats de régression qui vont bien au-delà. La prison ? Grâce à un « tout-sécuritaire » calqué sur le désastreux modèle américain, elle regorge à la fois de gens qui n’en relèvent pas, et son surpeuplement est cause de dérèglement psychique supplémentaire. L’hôpital ? Le sort réservé par la loi Bachelot n’épargne pas le parent pauvre qu’est le domaine psychiatrique : fermetures de dizaines de milliers de lits, invasion des procédures normatives – pour les patients comme pour les professionnels de santé ; mais il devrait multiplier en son sein les structures de type carcéral. La rue ? Là où le président rêve de camisole chimique et de « géolocalisation » par bracelets, on y trouve 60 % des personnes sans domicile fixe souffrant de troubles psychiques ou du comportement.
Stigmatiser des populations, jusqu’aux plus vulnérables, jouer de la peur, de l’autre, de la folie ou de la mort, pour mieux diviser, telle est la stratégie de celui qui, lors d’un meeting de novembre 2006, parla de « l’homme qui n’est pas une marchandise comme les autres ». Voilà qui éclaire la volonté d’user, jusqu’à la corde, l’humain au travail, entièrement soumis à des critères de rentabilité et des modes d’organisation féroces, eux-mêmes source de souffrance inouïe, jusqu’à la perte de dignité et de sens que signifie la disparition de l’emploi. Interchangeable, jetable, corvéable à merci, ou à laisser sous les ponts ou à traquer, et enfermer, entre des murs ou dans une camisole chimique. La folie est du côté d’un certain ordre social qui, à force de nier l’être humain comme sujet, et plus encore lorsqu’il est en souffrance, aboutit à un processus de dé-civilisation.
Voilà bien des années, le psychiatre communiste Lucien Bonnafé estimait : « La résistance au fascisme, aux doctrines et aux pratiques de chasse à l’homme, et celle qui vise l’inhumanité des modes de connaissance et de pratiques dans laquelle cette société a prétendu régenter l’exclusion de la folie sont de même trempe. » Face au projet psychiatrique de l’hôte de l’Élysée, un de ses confrères, le docteur Michaël Guyader, accusa ce dernier d’avoir « sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant, à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que ,justement, ils ne pouvaient pas se défendre. Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible ». L’indignation, d’individuelle, devient torrent, d’Appel des 39 en collectif Mais c’est un homme. Il est des choses qui ne passent plus.
Michel Guilloux
Inscription à :
Articles (Atom)







